Indonésie: un projet touristique de 3 milliards de dollars alarme les experts en droits humains de l’ONU

Des experts de l’ONU ont appelé aujourd’hui le gouvernement indonésien à respecter les droits humains dans le cadre d’un nouveau projet touristique de 3 milliards de dollars sur l’île de Lombok. Ce projet a donné lieu à des plaintes pour accaparements de terres, évictions de communautés autochtones de l’ethnie Sasak et intimidations et menaces à l’encontre de défenseurs des populations locales.

« Alors que le gouvernement indonésien et la Compagnie nationale de développement touristique (ITDC) entendent transformer la région de Mandalika en un « nouveau Bali », les familles qui y vivaient de l’agriculture et de la pêche ont été expulsées de leurs terres et ont assisté à la destruction de leurs maisons, cultures, sources d’eau et de leurs sites culturels et religieux”, a déclaré Olivier De Schutter, le Rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme et l’extrême pauvreté.

Les experts de l’ONU rappellent que des sources crédibles ont fait état de menaces, intimidations et évictions forcées sans compensations, dont sont victimes les résidents et résidentes du site. « A ce jour, la Compagnie de développement touristique n’aurait pas donné suite aux demandes de versement d’indemnités ou de règlement des litiges fonciers », ont déclaré les experts.

La région de Mandalika, sur l’île de Lombok, fait partie d’une des provinces les plus pauvres du pays. Il est prévu qu’elle accueille un complexe touristique comprenant un circuit de moto Grand Prix, des parcs de loisirs et des hôtels de luxe tels que les enseignes internationales Pullman, Paramount Resort, et Club Med.

Financé en partie par la Banque asiatique d’investissement en infrastructure (AIIB), le projet a attiré plus d’un milliard de dollars de capitaux privés. Le groupe français VINCI Construction Grands Projets en est le principal investisseur, chargé de la construction du circuit de course, de plusieurs hôtels, d’un hôpital, d’un parc aquatique et d’autres installations.

Les experts ont également critiqué le manque de diligence de la part de la banque AIIB et des entreprises privées pour identifier, prévenir, atténuer et rendre compte de la manière dont elles traitent leurs impacts négatifs sur les droits de l’homme, comme le prévoient les principes directeurs des Nations unies sur les entreprises et les droits de l’homme.

Selon eux, « compte tenu de la sombre histoire de violations des droits humains et d’accaparements de terres de la région, l’AIIB et les entreprises privées ne peuvent plus fermer les yeux. Leur incapacité à prévenir et à traiter les risques de violation des droits des communautés les rend complices de ces mêmes violations ».

« Le projet Mandalika jette le discrédit sur les engagements louables de l’Indonésie en faveur des objectifs du développement durable et sur le respect de ses obligations en matière de droits de l’homme. L’industrie touristique à grande échelle qui bafoue les droits des populations locales est fondamentalement incompatible avec le concept de développement durable », a déclaré M. De Schutter.

Selon l’expert de l’ONU, « le temps des circuits de courses et des méga-projets touristiques transnationaux qui profitent à une poignée d’acteurs économiques plutôt qu’à l’ensemble de la population est révolu. Les économies post-COVID doivent se concentrer sur l’autonomie des communautés locales, l’amélioration de leurs moyens de subsistance et leur participation effective aux décisions qui les concernent. Nous demandons instamment au gouvernement indonésien de veiller à ce que la Compagnie nationale de développement touristique (ITDC) respecte les droits humains et l’état de droit, ainsi qu’à la banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB) et aux entreprises privées de ne pas s’engager dans des projets et des activités qui contribuent aux violations et aux abus des droits humains. »

En mars 2021, plusieurs experts des Nations unies ont fait part de leurs préoccupations dans des lettres conjointes adressées au gouvernement indonésien, à l’ITDC et à l’AIIB ainsi qu’aux entreprises privées concernées telles que VINCI Construction Grands Projets, Club Med, Accor, Dorna Sports and EBD Paragon et leur État d’origine (France, Espagne et États-Unis d’Amérique). Les lettres officielles adressées à l’Indonésie, à l’ITDC et à l’AIIB, ainsi que leurs réponses, seront accessibles au public dans la base de données des communications des procédures spéciales le 3 mai 2021, et le 25 mai pour les communications aux entreprises privées et à leur État d’origine.

FIN

Les experts: M. Olivier De Schutter, Rappporteur spécial sur les droits de l’homme et l’extrême pauvreté, M. Obiora Okafor, Expert indépendant sur les droits de l’homme et la solidarité internationale, Mme Mary Lawlor, Rapporteuse spéciale sur la situation des défenseurs et défenseuses des droits humains, M. Balakrishnan Rajagopal, Rapporteur spécial sur le droit à un logement convenable, M. Livingstone Sewanyana,Expert indépendant sur la promotion d’un ordre international démocratique et équitable, Et le Groupe de travail sur la question des droits de l’homme et des sociétés transnationales et autres entreprises: M. Dante Pesce (président), M. Surya Deva (vice-président), Mme Elżbieta Karska, M. Githu Muigai, and Mme Anita Ramasastry.

 

Les rapporteurs spéciaux font partie de ce que l’on appelle les https://www.ohchr.org/fr/HRBodies/SP/Pages/Welcomepage.aspx. Les procédures spéciales, le plus grand organe d’experts
indépendants du système des droits de l’homme des Nations unies, est le nom général des
mécanismes indépendants d’enquête et de surveillance du Conseil qui traitent de situations
spécifiques à des pays ou de questions thématiques dans toutes les régions du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent sur une base volontaire ; ils ne font pas partie du personnel des Nations unies et ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation et servent à titre individuel.

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